Cela fait désormais 3 jours que mon rêve de terminer l'UTMB s'est achevé dans un sentier menant à Champex Lac. 3 jours qui ne suffisent pas a effacer la deception et l'amertume de
l'abandon.
Tout avait pourtant bien commencé avec 15 jours de vacances paradisiaques sur St-Gervais avec une météo exceptionnelle et des footings dans des paysages somptueux.
A J - 3, je passe une nouvelle fois une batterie de tests en tant que cobaye de l'étude sur la fatigue lors de l'UTMB : 3 heures très enrichissantes ou j'ai la joie de revoir Grégoire Millet qui
vient donner un coup de main à son frère Guillaume, le grand maître de l'étude.
Les choses sérieuses débutent 2 jours avant la course avec le retrait des dossards ( superbement organisé car peu d'attente malgré le grand nombre de coureurs) et la préparation du sac :

Mon sac pèsera 4,3 kilos dont 1,5 litres de boisson
Le départ étant donné le vendredi soir 28 aout à 18 h 30, nous avons toute la journée pour attendre le coup de feu libérateur : entre la sieste, la pasta party et le briefing, le temps passera
finalement assez vite et je me retrouve vers 17 h 30 sous la ligne de départ en compagnie de 2300 traileurs venus d'une cinquantaine de pays.
Nous sommes la sagement assis sous un beau soleil pret a en découdre pour 166 bornes et 9000 mètres de D+
Tout d'un coup, tout le monde se lève, c'est l'heure du briefing et des discours
Les speakers dopés aux
amphétamines font monter la pression
Et sur la musique du film "Christophe Colomb", c'est parti pour la 7ème édition de L'UTMB
Je passe la banderole de départ
après seulement une minute d'attente

Par contre, je ne pourrais courir qu' après 6 minutes d'attente tant la masse des coureurs est compacte
Le nombre de spectateurs est incroyable ; je suis surpris par tant de ferveur et on voit bien le respect et la passion dans les yeux des personnes présentes.
Les premiers 8 kilomètres sont quasi plats et nous mènent vers Les Houches : nous sommes les uns sur les autres un peu comme au marathon de Paris :
Après une petite heure de footing, j'arrive donc aux Houches et au premier ravitaillement : je ne m'arrête pas car il y a énormément de monde et puisque je n'ai pas encore entamé ma
réserve d'eau. C'est reparti vers les premières pentes, le col de Voza :
Dès la sortie du ravitaillement, tout le monde sort les batons car la pente est raide et nous commencons la première des 10 ascensions de l' UTMB. Peu à peu, le ciel s'assombrit à cause des
nuages et de la nuit tombante. C'est au sommet du col que je branche ma frontale avant d'entamer la descente vers St-Gervais.
Cette première descente n'est ni la plus belle ni la plus difficile mais il faut faire attention a ne pas s'emballer afin de garder un maximum de fraicheur pour la suite des réjouissances. C'est
très frais, motivé comme un cadet et 1156ème après 3 heures d'effort que j'arrive au ravitaillement de St-Gervais.
Quelle ambiance de feu !!! , il y a du monde partout, des animations, des fans qui crient, bref ce ravitaillement n'est que du bonheur !!! Je refais le plein d'eau, mange un peu, embrasse la
famille et repart en direction des Contamines.
Malgré ma tête, tout va bien......pour le moment !!!

Entre St-Gervais et les Contamines, le parcours est en faux plat montant : il y a des portions ou j'hésite sur le rythme à suivre : courir ou marcher ? courir c'est prendre des risques et
griller des cartouches, marcher c'est se faire doubler par des hordes de traileurs. Bien que n'étant pas normand, je choisis de faire les 2 donc d'alterner en fonction du terrain et de ma
forme.
En parlant de forme, tout va bien pour le moment, je suis juste surpris que la masse des coureurs soit aussi compacte après 5 heures de course. Nous sommes encore les uns sur les autres en arrivant
aux Contamines. Ce ravitaillement est également très convivial : speaker, orchestre, nombreux public.....j'en profite sachant très bien que je vais m'enfoncer dans la nuit pour de longs moments de
solitude.
Passé "Notre Dame de la Gorge" et sa splendide église, je me dirige vers le col du bonhomme à travers les lampions des spectateurs qui nous accompagnent sur les premières pentes d'une
ancienne voie romaine. Après quelques hectomètres d'ascension, la traversée d'un chalet est absolument unique tant les spectateurs hurlent fort et tant l'odeur du vin chaud est présente.

Après 8 heures de course et 935ème, j'arrive à la croix du bonhomme ou il règne un froid polaire malgré le feu allumé par les bénévoles. Je mange une soupe, me couvre chaudement et repart vers la
terrible descente des Chapieux.
Cette descente se fera dans le froid, le brouillard mais je l'ai adoré car j'y ai vécu un de ces moments d'euphorie comme on peut en rencontrer en ultra. Je suis alors très bien, double de
nombreuses personnes ce qui m'étonne beaucoup car d'habitude j'ai tout du handicapé dans cet excercice.

Arrivé aux Chapieux après quasiment 9 heures d'effort, c'est de nouveau le même rituel : remplissage de la poche à eau, gavage avec tout ce qui me tombe sur la main et étude du road book pour
apprécier les difficultées futures.
Après cette pause, direction le col de la Seigne......

En sortant des Chapieux, je vois que je suis presque seul pour la première fois lors de cette course.Cela fait 9 heures que je suis parti et le peloton commence seulement à s'étirer. Nous
sommes alors sur une route en faux plat montant qui mène vers un lieu dit appelé pompeusement "Ville des Glaciers" alors qu'il n'y a que quelques maisons.
Sitôt passé ce hameau, la pente se durcit vers le terrible col de la Seigne. Tout continue d'aller bien pour moi, que ce soit les sensations ou le moral. Quelques coureurs me passent, j'en double
d'autres, globalement je me stabilise dans le classement preuve que mon début de course a été effectué à un rythme correct.
Je suis 881ème au sommet de ce col après 11 h30 d'effort. Il fait très froid et je me félicite d'avoir prévu des gants chauds, une polaire et le bonnet. Peu à peu le jour se lève me
montrant un fabuleux spectacle...
Cette partie de la course nous emmène au lac Combal. Nous sommes alors en Italie et c'est avec des "Forza Bertrand" que j'arrive à ce ravitaillement perdu au milieu de la montagne. Comme d'habitude
il fait froid, comme d'habitude je bois une soupe, comme d'habitude je mange de tout....ça y est, j'ai pris mes marques lors de cette course !!!
Pas question de musarder pour autant car m'attend l'arête du Mont-Favre une des grosses ascensions au programme.
Je me fais un peu doubler dans celle çi mais rien de bien inquiétant car tous les voyants sont "au vert' me concernant.
De toute part, nous pouvons contempler de nombreux glaciers tous plus beaux les uns que les autres.
Le sommet du col arrive enfin, les bénévoles ont l'air gelés mais continuent de nous encourager faisant preuve d'un grand enthousiasme. C'est au tour maintenant d'une descente vers le col
Checrouit ultime ravitaillement avant la "base vie" de Courmayeur. Je n'y retrouve pas les danseuses que j'avais vu sur les DVD de l'UTMB mais un orchestre jouant, d'après mes
souvenirs, du jazz.

Comme celle des Chapieux, j'ai adoré la descente sur Courmayeur au milieu d'un single track au milieu des pins. Il fait maintenant chaud mais c'est très supportable surtout après la nuit glaciale
que nous avons affrontés.
Après 15 heures de course, j'arrive donc à Courmayeur et sa "base vie". Je récupère mon sac d'assistance ( dans lequel j'ai mis mes gels, ma boisson energétique et des chaussettes de rechange) et
je vais me restaurer d'une grosse assiette de pates.
Comme tous les traileurs présents, je prend mon temps car je souhaite récupérer un maximum avant d'affronter la suite des réjouissances. 30' plus tard, je repars en direction de Bertone via
une pente courte mais sévère.
Après un passage en ville qui me donner l'occasion de voir la quasi indifférence des italiens à notre effort, mes sensations ne sont pas bonnes, mes jambes sont lourdes, ma ventilation est rapide,
bref je souffre énormément lors de ce passage.

Courmayeur vue de l'ascension vers Bertone
Arrivé au refuge, je fais une longue pause, je mange et je bois à profusion, j'essaye de surmonter ce premier "coup de moins bien". Au bout de 15' minutes, je repars vers le refuge Bonatti puis sur
Anurva.
Ce passage en balcon me permet de récupérer un peu et de profiter du grandiose paysage qui nous entoure.
A Anurva, je retrouve mon fan club, change de montre pour le test sur la fatigue ( pour info mon Garmin 410 XT a tenu 19 h 20 en autonomie et m'indique une dépense de 8000 calories).
Catastrophe au ravitaillement, je mange peu ( cela ne passe pas) et c'est assez fourbu que j'entame la terrible montée vers le Grand Col Ferret et ses 2500 mètres d'altitude. Cette ascension sera
un enfer pour moi : je suis obligé de faire des pauses régulières, j'ai le souffle coupé, des wagons entiers de traileurs me double, j'ai chaud au début, j'ai froid au sommet ( le vent est
terrible).
Après une perte de 100 places rien que dans cet ascension, j'arrrive sec comme un coucou au sommet et malgré les encouragements des bénévoles, je commence la très longue descente vers la Fouly très
inquiet de la suite des opérations.
Je ne peux plus courir même en descente, le moral flanche un peu, je consulte le road book très régulièrement pour savoir ou est la Fouly et son ravitaillement.

Après 25 heures de course, j'arrive enfin à la Fouly, prend une bonne pause de 20', tente de manger une soupe et chose que je n'avais pas fait depuis le départ, je regarde les barrières horaires
car mon allure fond à vue d'oeil.
Bon, j'ai encore 3 heures de marge donc pas d'inquiétude..........
En sortant de la Fouly, la descente me fait du bien, je repasse quelques coureurs chose qui ne m'était pas arrivé depuis des heures.
Hélas, c'est le chant du cygne ainsi que le crépuscule des dieux car mon allure d'escargot asmathique reprend rapidement le dessus et j'ai beau essayé de manger de nouveau, plus rien
ne passe car je suis obligé de recracher tout ce que j'ingurgite.
La nuit tombe de nouveau et je me retrouve au pied de l'ascension qui mène à Champex Lac. Chaque pas devient vite un calvaire, j'ai beau poussé un maximum sur mes batons pour énonomiser
mes jambes, toutes les 5' je suis obligé de m'arreter pour me reposer........je sens bien au fond de moi même que c'est la fin des haricots.
Le verdict ne tarde pas a tomber à seulement 2 kilomètres de Champex. Je fais un malaise, m'écroule sur le sentier et des traileurs sont obligés de s'arreter pour appeler les secours et s'occuper
de moi ( merci à eux).
Après l'arrivée rapide de bénévoles, on m'enbarque dans une voiture pour aller au PC médical puis devant l'ampleur de mon hypoglycémie, le médecin décide de mon évacuation vers l'hopital de
Martigny.
J'y passerai la nuit avec des perfusions dans les bras et ne rentrerai que le dimanche après midi sur Chamonix avec l'aide des fantastiques bénévoles suisses.
Ainsi se termine après 123 km et 30 heures de course mon peu glorieux UTMB 2009 qui me fait me poser beaucoup de questions sur mon avenir en ultra.
En effet, j'ai eu les mêmes soucis d'alimentation sur le GRR 2008 ( même si j'avais réussi a terminer cette course) et je me demande bien quoi manger après 24 heures de course.
Je refais une tentative fin octobre sur l'Endurance Ultra Trail ( 120 bornes autour du mont Aigoual) mais je pense qu'un nouvel échec sonnerait le glas de mes espérances sur ce type de défi.